Épatant, mais pas surprenant. Soigner son entrée, sa spécialité. Après les débuts rêvés à Nice, puis Rennes, place à l'OM… Impatient de marquer les esprits, conscient du poids des premières impressions, au Vel' plus qu'ailleurs, où ce mythique numéro 9 en a écrasé plus d'un (son prédécesseur peut en témoigner), Amine Gouiri n'a pas de temps à perdre. 31 minutes, pas une de plus. Chaque demi-heure, en moyenne, le neo-Olympien fait rugir de plaisir sa nouvelle famille (déjà 6 actions décisives). Jamais aussi nombreuse au boulevard Michelet (record fixé à 66119), elle n'avait d'yeux, samedi, que pour lui.
Depuis que l'Olympique l'a arraché en fin de mercato, à un prix (19M hors bonus) jugé excessif par des supporters (jadis) sceptiques, l'Algérien a pointé trois fois le bout de son nez. Après les "passes dé", une contre l'OL et deux à Angers, il devait faire trembler les filets. Ce pour quoi il est d'abord payé. Le natif de Bourgoin-Jallieu attendait de croiser les Verts, qu'il a tant de fois martyrisés adolescent, pour obtempérer. Deux buts somptueux à la clef, un penalty provoqué, tant d'autres choses admirablement concoctées, pour un festin presque parfait.
Avant d'être acclamé, son nom scandé par les South Winners à sa sortie (81), Amine Gouiri a étalé toute la palette du parfait avant-centre. D'abord la spontanéité, le flair d'un prédateur, féroce, avec ce coup de canon qui a ouvert les hostilités. Prise de balle à l'angle de la surface, frappe lourde du droit et une lucarne nettoyée, sans vraiment lever la tête pour se situer (26). La puissance, puis la finesse à l'heure de jeu. Partir à point, déjouer le piège du hors-jeu, avaler la profondeur et crucifier le gardien d'un délicieux piqué (60).
In fine, ce n'était "qu'un" doublé, la faute à un Gautier Larsonneur qui tenait à conserver un minimum de dignité (58, 64), et un léger manque de réussite (7, 38, 76). L'ancien Gone a aussi donné raison à ceux qui le jugent davantage créateur que buteur. Sa technique léchée au service du "De Zerbi ball", Gouiri a régalé les siens. En tête Amar Dedic, dont le slalom a été sublimé par une géniale talonnade (71). Quand l'Algérien ne s'arrachait pas pour gratter de précieux ballons (8, 10, 65), il remettait sa toque. Du caviar sur coups de pied arrêtés, pour obtenir un peno (48) et une manita (77).
"C'est un joueur très, très, très fort. Maintenant, il doit se persuader d'être un vrai numéro 9, se spécialiser, comprendre où se placer, où se trouve le but, avoir la conclusion parfaite, l'a encouragé De Zerbi. Quand il aura rectifié cela, il sera un joueur de tout premier plan européen. Mais c'est déjà quelqu'un de fondamental pour l'équipe."
Et si l'Olympique de "Roby" avait enfin trouvé le chaînon manquant, après les piges ratées de Wahi et les fiers services rendus par Neal Maupay, scotché sur le banc samedi ? Amine Gouiri, habitué aux départs en fanfare avant de lever le pied, sait que le plus dur est à venir.